Le blog de Khaos Farbauti Ibn Oblivion. Une vision du monde cynique et poétique.

Recueil

3, le tigre, chapitre I

"Honore de tes prières les Choisis, car ils portent en eux la force et l'espoir de l'humanité. Respecte dans ton âme les Choisis, car ils sont autant les armes que les victimes du destin. Protège de ton corps les Choisis, car en tout lieu ils seront traquées sans relâche."
Écrits des moines de l'Ordre de l'Eguemarine

Une pression. Et un léger bruissement se fit entendre tandis que les mécanismes se mettaient en mouvement. Une diode rouge s'alluma. La caméra était prête.

Pour le moment elle filmait un fauteuil confortable mais vide. Son occupant n'était pas encore arrivé.

En face, se trouvait un autre fauteuil, identique, dans lequel l'opérateur de la caméra s'installa. Il était important que l'opérateur et son futur interlocuteur soit traité de manière égale. La position et le style du mobilier y contribuait.

Il était tout aussi nécessaire que les deux hommes soient filmés. Plusieurs méthodologies avaient été testé durant ces dernières années et c'est cette configuration qui s'était avérée la plus efficace jusqu'ici.

La caméra englobant toute la scène plutôt qu'un seul individu permettait de ne pas accroitre inutilement le stress. Personne ne se sentait spécifiquement ciblé. Le bruissement de la cassette se fondait dans l'arrière-plan et au bout de quelques secondes on oubliait complètement cet aspect de l'entretien.

L'opérateur porta la main à son badge sur lequel figurait son nom : "Nikolaï Ivanov". Aucun titre.
Là encore pour conserver autant que possible l'apparence de l'égalité. De toute façon, ils n'auraient sans doute pas tous tenu sur l'étiquette et Nikolaï préférait n'en voir aucun qu'une partie seulement.
Il avait travaillé dur toute sa vie pour les mériter, et à 60 ans il était en droit de se montrer pointilleux sur le respect qui lui était dû.

Mais aujourd'hui, comme toujours lors de ses entretiens, il ne serait que Nikolaï. A la rigueur M. Ivanov. Mais guère plus.
Cela faisait parti du processus.

Il regarda sa montre puis se dirigea vers l'armoire métallique. Il lui restait quelques secondes pour consulter à nouveau ses dossiers. Il se rafraichit rapidement la mémoire sur les éléments clés car lorsque son interlocuteur arriverait il ne devrait rien conserver sur lui.
Le dossier était lui aussi une source potentiel de stress.

La gestion du stress. Voilà où résidait toute la difficulté de ces entretiens. Car la sensation d'agression était totalement subjective et chaque personne plaçait la barre différemment. Pour certains il fallait éviter les questions trop intimes, pour d'autres c'était la couleur bleu qui était à proscrire.
Au delà de quelques éléments simples comme l'égalité de traitement ou la non-présentation du dossier, il était impossible de réellement établir une charte complète de ce qu'il fallait faire ou non.

Seul un contact prolongée avec la personne le permettait, et c'est bien pour cela que Nikolaï aimait son métier.
Comprendre les rouages, la plupart du temps tortueux, d'esprit fondamentalement différents du sien était un exercice gratifiant. Il y avait là une combinaison de défi, d'énigme à résoudre, de territoire inconnu à explorer qui satisfaisait sont intellect.

Alors qu'il reposait le dossier dans l'armoire, on frappa à la porte.

"Entrez" dit-il.

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