Tout le bonheur du monde 2.0

Le blog de Khaos Farbauti Ibn Oblivion. Une vision du monde cynique et poétique.

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Auto-psychanalyse de Pan Narrans

Comme cela m'arrive souvent car mon cerveau est ainsi fait, j'ai eu il y a quelques jours l'envie soudaine de vous parler d'une notion qui me traversait l'esprit. Et comme cela m'arrive souvent également l'univers s'est empressé de me lancer un tombereau de diversions plus ou moins positives (Enfin surtout moins :| ) pour que j'en perde le fil.
Faute de retraite hermétique je n'ai pu atteindre l'illumination entr'aperçue, mais néanmoins il m'en reste suffisamment de bribes pour essayer de vous en transmettre les grandes lignes. Et mes lecteurs sont nombreux à pouvoir en témoigner : Les grandes lignes ont toujours été mon péché mignon. ;)

Or donc, j'aimerai aborder avec vous le sujet de l'auto-psychanalyse. C'est à dire la manière dont tout un chacun (en tous cas moi, mais vu que nous sommes globalement de la même espèce il n'est pas impossible que cela vous concerne vous aussi) peut effectuer une bonne introspection des familles sans avoir à débourser un bras en honoraire auprès d'un psy dont vous savez là aussi que je ne suis pas féru. (Chacun ses marottes. Et les miennes sont nombreuses !)

Mais avant toute chose, et parce que sinon ce billet serait par trop ordonné et manquerait cruellement de ce joyeux bazar dans lequel j'aime à perdre mes lecteurs, il faut que je vous parle de Pan Narrans.

Pan Narrans

La première (et d'ailleurs la seule) fois où j'ai lu cette notion c'était à travers l'excellente série d'ouvrages "La Science du Disque monde" co-écrit par Ian Stewart, Jack Cohen et bien sûr l'immortel dans nos cœur : Terry Pratchett.

Cela désigne en fait l'humain moderne. Soit, traduit de manière direct, "le singe qui raconte des histoires". Nous sommes des singes qui en plus de simplement réfléchir ou parler, racontons en permanence des histoires. Aux autres, mais surtout à nous même. :rolleyes:

"Foutrebleu mais quel est diantre le rapport avec la choucroute" me direz-vous. Point d'inquiétude, ami pirate alsacien : j'y viens.

Dans cette façon d'envisager l'humain, notre cerveau est une machine à fabriquer des histoires. Tout ce que nous observons, tout ce que nous ressentons, tout ce que nous pensons, vient alimenter une sorte de récit épique (au sens qui est bien trop long pour tenir dans un film de deux heures) de notre vie. Un narrateur de notre vécu.
Et comme tout narrateur, le cerveau biaise beaucoup (Oui je sais, toi aussi coquine), romance quelque fois et va même la plupart du temps jusqu'à inventer complètement.

Pas besoin de substances illicites pour cela, votre cerveau vous ment, à jeun, dès votre réveil. La preuve la plus flagrante est que ni vous ni moi n'avons à l'instant deux grands ronds noirs en plein milieu de notre champ de vision. Alors que pourtant la zone où le nerf optique est connecté à la rétine (en gros au milieu du fond de notre œil) ne contient strictement aucun capteur.
Dès notre plus jeune age, notre cerveau nous raconte sa première histoire : Au milieu il n'y a rien, mais on va chopper les trucs autour, mixer le tout et faire comme si. C'est d'ailleurs pour ça que votre magnifique souvenir d'immense pleine lune devient soudain ridiculement petite (Oui je sais, toi aussi coquinou) après passage de l'objectif de votre appareil photo.

Au commande de notre vie il y a donc un narrateur ou plutôt un Conteur qui s'empresse d'appliquer à tour de bras toutes les licences poétiques de son répertoire au chaos ambiant qu'est l'univers.

Et parfois, l'histoire n'est pas belle. Car il faut bien garder à l'esprit que cette narration s'attache surtout à la cohérence bien plus qu'à tout le reste. Votre cerveau ne crée pas tel ou tel récit pour vous faire plaisir mais parce que la situation actuelle découle selon une logique, aussi farfelue soit-elle, toujours cohérente en elle-même. Par exemple, on ne se raconte pas triste parce que c'est du dernier chic romantique d'être un martyr, on est triste parce que selon la logique de notre narrateur interne la suite de l'histoire passe forcément par la tristesse.

Sachant tout cela, qu'est-ce que cette façon d'appréhender notre vie nous apporte en terme de psychanalyse (et surtout d'auto-psychanalyse).

Auto-psychanalyse

Un premier élément qui peut être intéressant à rechercher durant notre introspection ce sont les ratés dans la narration. Tous ces moments, ces instants où tout à coup le narrateur a dit merde, balancé toutes ses règles de logique par la fenêtre, réécrit trois fois la page avant de la découper en petits morceaux puis la recoller façon puzzle erratique et incomplet à grand coup de ruban adhésif.

Il ne s'agit pas tant de pointer du doigt en braillant tel un vulgaire critique littéraire mais d'essayer de comprendre pourquoi. Pourquoi le narrateur s'est perdu, pourquoi il s'est trouvé soudain dépassé.
Croyez-en ma totale absence de diplôme ou étude liée de près ou de loin à la psychanalyse, gage certain de ma qualité en la matière puisque j'ai l'avantage indubitable de ne pas faire entrer d'argent dans l'équation ;) , c'est toujours instructif.

Un autre aspect, peut-être moins lié à l'introspection, c'est d'essayer d'agrandir le spectre des choix offerts à votre narrateur.

Pour vous expliquer ça le plus simplement possible, je vais prendre un exemple : Sans doute avez-vous déjà vu un enfant s'écorcher en tombant mais sans s'être vraiment fait mal. Il a le genou qui saigne mais ne s'en est pas encore rendu compte si bien que globalement tout va bien. Puis soudain ses yeux tombent sur la blessure. Et là c'est le drame, cris et pleurs jaillissent abondamment.
Le narrateur est intervenu. Il a raconté l'histoire d'un enfant qui se blesse et cette histoire n'a, pour lui, qu'une suite possible : Il a mal, il pleure.

En grandissant toutefois, il enrichit les possibles : Quand on se blesse, on peut avoir mal. Ou alors on peut encaisser comme un dur. Ou pleurer comme avant. Le narrateur a plus de choix, l'histoire qu'il va raconter va dépendre de plus d'éléments de contexte, il y a des variantes, des options, des nuances.

Mais que se passe-t-il si l'on nourrit son narrateur d'options ? Si on analyse un peu ce qu'il nous raconte et qu'on lui montre que certes son histoire est cohérente mais que là, à ce moment précédent précis, il avait d'autres possibilités dans le récit, d'autres manières d'évoquer ce souvenir ci, de lier cet évènement là. Ce qui est écrit est écrit mais pour la suite, qui sait, les mêmes causes pourraient déclencher d'autres effets ? Le champs des possibles est élargi.

Les limites de la narration

Alors bien sûr, la vision de notre vie comme une narration n'est pas une comparaison parfaite. Tout simplement parce qu'elle repose sur un postulat de base : Notre cerveau est totalement maitre de lui-même.

Ce qui, comme souvent quand intervient cette satané biologie organique, est une utopie. Le récit de notre vie n'est pas simplement le résultat de la plume d'un Conteur racontant le chemin parcourut. Il est aussi influencé par toutes ces molécules, protéines, hormones, et autres malversation obscure de notre anatomie qui se contrefoutent joyeusement des velléités narratives de notre cerveau.
Notre Conteur ne décrit pas notre route passé, présente, voire à venir, sur une mer d'huile. Il le fait avec le vent hurlant parfois en véritable tempête et des vagues de douze mètres.

Dans ces conditions le Conteur a beau parfois écrire le bonheur de toutes ses forces, parce que la cohérence l'y pousse, il reste malgré tout des moments où la biologie est plus forte.

Mais parfois je me dis que le cerveau est une machine merveilleuse qui a appris à raconter des histoires depuis un nombre incalculable de millénaires. Alors, après tout, qui sait si une telle expérience ne peux pas venir à bout de la plus récalcitrante des molécules ?

Que la paix soit avec vous.

Khaos Farbauti Ibn Oblivion

Auteur: Khaos Farbauti Ibn Oblivion

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