Tout le bonheur du monde 2.0

Le blog de Khaos Farbauti Ibn Oblivion. Une vision du monde cynique et poétique.

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Le parisien, cet humain si pittoresque

paris.jpgDemain je vais faire une excursion, professionnelle, au sein du nuage pollué qui nous sert de capitale.

Pour l'occasion j'ai décidé de vous narrer à travers ce billet une petite anecdote qui m'est arrivée lors d'une promenade précédente. Un moment de vie qui m'a fait sourire et m'a rappelé à quel point la façon de penser des gens est étrange et amusante à observer.

Or donc j'arpentais gaillardement les couloirs du métro parisien en direction d'un distributeur de tickets.

D'une part parce qu'où que j'aille j'ai pour habitude de le faire d'un pas énergique et d'autre part parce que j'aime le métro.

La chose peut sembler étrange de prime abord car tout un chacun sait à quel point le métro est assez proche de l'insalubre, aussi bien sanitairement que mentalement.
Mais le charme indéniable que j'y trouve, loin des préoccupations pseudo-historique d'un Laurent Deutsch, se résume en peu de chose : il y a du monde.

Et me plonger dans une foule reste l'un de ces petits plaisirs que je ne saurais vraiment expliquer mais qui, malgré mon grand âge, me régalent toujours.

Or donc, fendant le courant des parisiens pressés et mornes, j'atteignais en ce froid matin d'hiver la borne automatique pour faire le plein de sésames vers les profondeurs de la capitale.

Je n'y étais pas seul. Évidence s'il en est lorsque l'on arpente Paris, la ville la plus dense d'Europe et parmi les plus denses du monde (largement devant New York par exemple).
Il y avait donc la queue devant moi, et rapidement derrière moi également.

N'étant pas spécialement pressé, j'ai donc tranquillement attendu mon tour en laissant errer mon empathie sur les consciences qui m'entouraient.

En l’occurrence, l'une d'entre elle était difficile à ignorer puisqu'elle s'exprimait avec un fort volume sonore, juste derrière moi.
En effet se trouvait dans mon dos une personne équipée de cordes vocales en parfait état et d'une oreillette bluetooth probablement moins efficace.

Je ne suis pas un grand spécialiste des portraits détaillées et ma mémoire est plus efficace sur le général que le particulier, mais s'il me fallait la décrire dans les grandes lignes : il s'agissait d'une femme, sans doute plus jeune que moi, de ma taille et sensiblement plus large, à la peau chocolat et aux vêtements chatoyants.

Et donc muni d'une voix qui portait. Loin.

Elle se trouvait présentement en communication avec l'un de ses proches, a priori je dirais sa sœur, et lui narrait par le menu (ainsi qu'à toutes personnes se situant dans un rayon d'au moins 30 mètres) ses actions passées et à venir.

Il était question de shopping, de malveillance manifeste de ces idiotes de vendeuses à son égard, de ses inquiétudes sur l'aptitude du distributeur de ticket de métro à rendre la monnaie, de son regret de n'avoir pas pris le taxi et de commérages divers sur ses collègues de bureau.
Bref une conversation somme toute classique du parisien moyen formé dès la naissance à dire du mal de son prochain ou, plus généralement, de tout ce qui ne suit pas sa volonté d'individu parisien et donc inévitablement supérieur.

La queue n'étant pas éternelle, c'est accompagné de ce fond sonore que vint mon tour d'accéder au distributeur. J'ai donc tranquillement acheté mon carnet de ticket quand un détail retint mon attention : L'appareil ne rendait pas la monnaie comme l'indiquait l'annotation idoine au dessus du mange-pièce.

Sachant désormais tout de la vie de la femme derrière moi, la NSA se donnant décidément beaucoup de mal pour pas grand chose, il m'est alors apparu évident que cette dernière ne disposait d'aucun moyen d'acheter son ticket au prix normal. Elle n'avait pas de carte bleue en sa possession, très peu de monnaie et aucun moyen de faire l'appoint. Il lui faudrait donc sacrifier l'une de ses pièces sans espoir d’être remboursé de la différence.

Prenant possession de mes tickets fraîchement imprimés qui venaient de sortir de la machine, je me suis donc retourné vers l'hurleuse.

Celle-ci voyant un individu inconnu s’apprêtant manifestement à faire l'affront de lui adresser la parole, interrompit sa conversation et reprit sa respiration comme un athlète prenant son élan.

Tout dans son attitude indiquait qu'elle s'attendait à ce que je lui reproche son volume sonore et elle était sur le point de mettre à profit son pouvoir spécial de native parisienne pour m'éructer une quelconque série d'insultes propres à m'apprendre qu'elle était parfaitement dans son bon droit et que si je n'étais pas satisfait je pouvais aller me rendre dans un quelconque endroit exotique d'au-delà du périphérique pour m'y introduire divers objets dans divers orifices.

Mais avant qu'elle n'ait eu la chance de m'offrir sa diatribe que je devinais imagée, j'ai souri et lui ai offert l'un de mes tickets.

Après un léger contretemps suite à l'équivalent mental d'une prise de pied dans le tapis, elle l'a saisi et a tenté un "merci" aux accents désorientés.

Et puis elle s'est tue, manifestement perdue, et je suis parti. En souriant.

Que la paix soit avec vous.

Khaos Farbauti Ibn Oblivion

Auteur: Khaos Farbauti Ibn Oblivion

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An' (Passant) ·  17 mars 2014, 16:26

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