Le blog de Khaos Farbauti Ibn Oblivion. Une vision du monde cynique et poétique.

Recueil

5 minutes : Christophe

8h55, bar du coin de la rue

Christophe fixa longuement sa compagne.

Rousse, assez fine et le teint blanc, elle était assurément belle aux yeux de tous ceux qui la croisait dans la rue. Et elle le regardait lui, attentivement, passionnément, avec cette flamme dans les yeux que nul autre ne déclenchait.
Elle le regardait avec une expression d'interrogation sur son doux visage, elle attendait qu'il poursuive.

Mais, après son "J'ai quelque chose à te dire", Christophe ne savait plus comment continuer.
Il avait pris involontairement un ton bien trop sérieux et il lui était donc désormais impossible de faire marche arrière. S'il tentait une pirouette en lui parlant d'une anecdote quelconque, s'il tentait de remettre cette discussion à plus tard, elle ne serait pas dupe et ne le laisserait pas quitter cette table avant qu'il ait révélé ce qu'il avait à dire.

Seulement lui-même ne savait pas vraiment ce qu'il devait dire. Son coeur était le siège d'un tourbillon d'émotion dont il ne savait se dépêtrer.

Il lui faudrait parler de cette autre femme, cela il l'avait décidé, mais il ne savait pas vraiment comment.
Il ne voyait pas comment exprimer ce qu'il avait ressenti lors de cette étrange rencontre, comment leurs yeux s'étaient accrochés au détour d'une ruelle, comment le monde autour était devenu subitement sans importance, comment leurs mains s'étaient touchées en frissonnant...
Le souvenir de cette rencontre, et de la nuit passionnée qui avait suivi, avait marqué son coeur d'une manière qu'il ne pouvait décrire avec des mots.

Pourtant il le fallait. Il devait lui en parler. Par respect.

Il chercha l'inspiration en parcourant la salle du regard mais n'y parvint pas. Il soupira.

"Je..."

Elle le regardait toujours avec attention. Sur le moment Christophe trouva qu'elle ressemblait à une poupée de porcelaine. Une poupée fragile.

Il ne voulait pas lui faire du mal. Il ne pouvait pas non plus ignorer ce que son coeur lui hurlait. Son choix avait déjà été fait de toute façon.

Il lui prit la main. Autant pour la rassurer que pour se donner lui-même du courage.

"Je... J'ai beaucoup réfléchi ces derniers temps et...Je ne...ce n'est pas de ta faute, rassures-toi, tu n'y es pour rien mais...Je...Je ne t'aime plus"

Voilà, il l'avait dit.
Un lourd fardeau disparut de ses épaules : Quoi qu'il arrive maintenant, il avait choisi, définitivement. Il ne pouvait plus rien y faire sinon atténuer la douleur de la blessure qu'il venait d'ouvrir.

"- Je...
- Tais-toi"

Christophe s'aperçut que la flamme dans ses yeux avait disparu, il y lut à la place une immense tristesse. Il lui avait fait mal, très mal. Il le savait.

Mais elle ne pleura pas.

Calmement, de ce calme que l'on s'impose par la force de la volonté alors que tout en soi demande à exploser, elle retira sa main de la sienne, se leva lentement, prit son sac et se dirigea vers la sortie. Christophe resta là, indécis, conscient qu'il ne pouvait rien faire de plus sans aggraver encore le mal qu'il lui faisait. Il pouvait se lever, la rattraper, s'excuser, lui demander de lui pardonner... Mais cela ne changerait rien. Cela ne changerait pas le fait qu'il lui avait dit la vérité. Il ne l'aimait plus.

Merde.
Il allait quand même la rejoindre, il ne pouvait pas la laisser partir seule comme ça. Elle pouvait faire une bêtise par sa faute.

C'est au moment où il allait le faire qu'il vit un homme se lever alors qu'elle passait près de lui.
Il tenait quelque chose dans sa main et offrait à tous le spectacle de la bombe qu'il portait à la ceinture.

C'est à ce moment également que le coup de feu retentit.

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