Le blog de Khaos Farbauti Ibn Oblivion. Une vision du monde cynique et poétique.

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Vie publique

Leçons d'échecs

echecs.jpgAu cinéma ou dans la littérature les échecs sont souvent le symbole d'un grand méchant manipulateur et sournois ou bien de deux grandes puissances qui s'affrontent, sans pitié pour leur pions.

Bref on associe souvent le joueur d'échec à une sorte de calculateur, la plupart du temps malveillant, capable de penser plusieurs "coups" d'avance sur ses adversaires.

Si la caricature n'est pas totalement infondée, ce n'est personnellement pas du tout ce que j'ai retenu du premier tiers (si tu vas bien) de ma vie, où les échecs ont figurés en bonne place.

Une famille de joueurs

Autant que je me souvienne, je n'ai jamais été chez un membre de ma famille sans qu'un échiquier soit présent : Mes parents en avaient bien sûr un (et moi aussi), mes grands-parents en avait un, mon oncle en avait un, mon grand-oncle aussi, ...

Contrairement à l'informatique (qui, elle, n'était présente nulle part ailleurs dans ma famille), il était évident que je ne pouvais pas grandir sans avoir un minimum de connaissances sur la manière de jouer.

La toute première chose que les échecs m'ont apprise, c'était bien sûr de savoir perdre. Quand on est un gosse de 6 ans et qu'on reçoit ses premières leçons, il n'est guère possible de trouver un adversaire "à sa taille".
Durant des années j'ai donc perdu invariablement toutes mes parties. Et ainsi découvert cette évidence : on apprend bien plus de ses défaites que de ses victoires.

Mais les échecs m'ont également appris trois choses bien plus importante sur la vie :

Jamais sous la contrainte

Tout d'abord qu'il ne fallait jamais faire quelque chose que l'on vous forçait à faire. Aux échecs, ils arrivent parfois que l'adversaire menace une de vos pièces importantes, vous vous sentez alors obligés de la protéger pour la préserver et ce faisant vous faites exactement le mouvement que votre adversaire attendait.

En n'effectuant pas ce mouvement contraint, vous bouleversez le schéma de votre adversaire et, suivant son niveau, c'est souvent suffisant pour le faire chuter.

C'est une leçon de vie qui m'a toujours paru importante : s'affranchir des contraintes, ne pas faire ce que tout le monde attend de vous, même au prix d'un sacrifice, est très souvent positif.

L'inutile perfection

La seconde leçon que m'ont enseigné les échecs, c'est qu'être le meilleur n'est pas toujours une bonne chose.

Pour comprendre cela il faut se rendre compte que la qualité requise pour être un très bon joueur d'échecs c'est la mémoire. Pas la folie, pas le bluff, pas la stratégie, ...
En effet, les grands joueurs d'échecs sont capables de mémoriser d'innombrables parties, d'innombrables positionnement de pièces, et s'appuient là dessus pour savoir que déplacer tel pion déclenchera telle ou telle conséquence 10 ou 20 coups plus tard.

Les échecs ne sont absolument pas un jeu de hasard. Ce n'est pas pour rien qu'un ordinateur est capable de tenir tête aux meilleurs mondiaux.
Et il évident qu'avec une puissance de calcul suffisante un ordinateur peut modéliser absolument toutes les parties du monde (passées ou à venir) sous forme d'arbre et choisir en quelques secondes le chemin qui le mènera invariablement à la victoire .

C'est donc en découvrant cet aspect des échecs que j'ai appris cette seconde leçon : Maîtriser parfaitement quelque chose ne sert qu'à nous rapprocher de la machine. L'humanité est bien plus présente dans l'imperfection et l'erreur.

Avant qu'il ne soit trop tard

La dernière leçon, la plus marquante et la plus amère, me fut donnée par mon grand-oncle. Homme profondément érudit, il était également le meilleur joueur d'échec de la famille. Redoutable autant que cultivé, il me fascinait et je n'ai réussi à le battre qu'une seule fois :

C'était un jour de l'an, mes parents nous avaient encouragés, mon grand-oncle et moi, à faire une petite partie en attendant le repas... lorsqu'au bout de quelques minutes, je me suis rendu compte qu'il menait un combat intérieur intense pour se rappeler comment se déplaçaient les pièces.

Alors bien sûr j'ai gagné, mais je n'avais pas vaincu mon grand-oncle. La vieillesse l'avait fait pour moi.

Ce fut la dernière grande leçon que m'ont enseignée les échecs : Un jour, votre cerveau vous lâchera, utilisez-le pleinement avant qu'il ne soit trop tard.

Que la paix soit avec vous.

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