Le blog de Khaos Farbauti Ibn Oblivion. Une vision du monde cynique et poétique.

Hommage à MachiN

Coquilles, Mouflettes et Panouilles

Alors qu'en bon citoyen, à l'écoute des demandes de son gouvernement en général et des intérêts financiers en particulier, je m'endormais paisiblement sur mon fauteuil en cuir et CDI véritable, marque des nantis et des certifiés cent pour cent pur français blancs et riches, m'est apparu soudainement une révélation sous forme de sueur froide dans les vertèbres et crispation dans le bas-ventre.

Comme le bronzé aux rayons cathodiques moyen, je me voyais déjà en haut de l'affiche du Barnum télévisé de 20h, entre l'élégant représentant scientologue du moment venu vendre du rêve américain et l'indispensable personnalité locale alternativement politique ou sportive suivant le gagnant des dernières enchères en kilo-euros, en tant que spécimen à peine vivant de victime de l'influenza aviaire qui, comme son nom l'indique, est totalement transmissible aux pigeons.

On remarquera d'ailleurs ici l'évolution palpitante de la langue française. Là où nos grands-parents croyait naïvement que l'adjectif était parfois qualificatif, que "féminin" renvoyait à la femme et "routière" à la route (l'ensemble des deux étant prétendument explosif), cette époque est désormais révolue et "aviaire" ne renvoie plus à rien d'autres qu'à la télévision.

Mais mon espérance de gloire éphémère devant des millions de compatriotes à l'oeil morne, blasé et en attente d'une quelconque guimauve auditive artificiellement aromatisée au sexe, fut rapidement contrariée puisque, ayant opté pour une alimentation végétarienne à base d'OGM comme l'ordonne le bon goût officiel, je n'avais guère approché le moindre volatile depuis plusieurs mois, à l'exception notable de la croassante mais traditionnelle et médicalement décontaminée belle-mère.

La crispation venait donc d'ailleurs. En l'occurrence il s'agissait de l'article 29 de la loi du 29 juillet 1881 sur la liberté de la presse.

Je vous en livre quelques extraits :
- Toute allégation ou imputation d'un fait qui porte atteinte à l'honneur ou à la considération de la personne ou du corps auquel le fait est imputé est une diffamation.
- La publication directe ou par voie de reproduction de cette allégation ou de cette imputation est punissable, même si elle est faite sous forme dubitative ou si elle vise une personne ou un corps non expressément nommés.

Au vu de mes nombreux billets, je m'aperçois soudain que je suis une sorte d'e-capone, comme diraient les inventeurs mono-neuronaux et dépressifs du mot "buzz", auteur et complice d'actes passibles de sanctions lourdes.
Et parce qu'en politique on aime enfoncer les portes ouvertes, un certain M. Roubaud a proposé de rajouter la couche suivante au texte précédemment évoqué :
"Tout discours, cri, menace, écrit, imprimé, dessin ou affiche outrageant, portant atteinte volontairement aux fondements des religions, est une injure."

Autant vous dire qu'en tant que non croyant convaincu, se gaussant ouvertement et régulièrement des être humains incapable d'avoir un texte sacré qui soit un tant soit peu en rapport avec la vraie vie et qui ne sont parfois même pas capable de suivre à la lettre leur propre texte, je suis à la limite du crime contre l'humanité. Mais dans tout mon malheur j'ai de la chance : Dieu merci, je ne suis pas journalisme.

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