Tout le bonheur du monde 2.0

Le blog de Khaos Farbauti Ibn Oblivion. Une vision du monde cynique et poétique.

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3, le chat, chapitre VI

"Le contrôle, la puissance mentale de la volonté. C'est la clé qui m'a permis de survivre toutes ces années sous l'influence du Fauve. Pas assez, et l'on risque d'être submergé par des pulsions dévorantes et dévastatrices pour les autres autant que pour soi-même. Trop, et l'on devient un robot qui n'ose plus vivre de peur de commettre l'irréparable. Il faut parvenir à trouver l'équilibre délicat entre liberté et prudence, pour espérer préserver son âme."
Vlad Wesley

Pathétique.

Linda contemplait la toile inachevée devant elle avec dégout. Elle représentait une femme comme stoppée dans le temps au milieu d'une rue, entourée d'une masse grouillante et floue de passants.

Le contraste entre la netteté de la femme immobile et le tourbillon du reste du monde était correctement rendu, mais pourtant Linda se parvenait pas à s'en satisfaire.
Pour une raison étrange, sa toile lui laissait une sensation de balbutiement, d'une maitrise du pinceau digne d'une débutante.

Il n'y avait rien qui valait la peine d'être conservé à ses yeux. Toutes ces heures perdues pour aboutir à quelque chose d'aussi pitoyable, inutile... indigne d'une artiste.

Saisi d'un brusque accès de colère, elle traça une croix noire en travers de la toile. Puis une deuxième. Et une autre encore.
Puis laissant libre court à sa rage, elle propulsa pinceaux et palette sur son tableau, éparpillant les couleurs et ruinant définitivement son "œuvre". Ensuite elle bondit et distribua de violents coups de poings sur la toile, puis, pour parachever sa destruction, Linda frappa d'un grand coup de pied le chevalet, envoyant le tout s'effondrer à l'autre bout de la pièce.

La sensation de brulure sur sa poitrine la calma d'un coup. Qu'avait-elle fait ?

Linda contempla le désastre. De la peinture avait été propulsée un peu partout dans la pièce, le chevalet autant que la toile n'était plus bon à rien. La pièce était un véritable champ de bataille.

Soupirant, Linda entreprit de lister les taches à venir : se laver les mains, remettre un semblant d'ordre dans son atelier, sortir acheter du matériel... et recommencer, une fois de plus, son travail sous peine de ne pas pouvoir honorer sa commande et n'avoir rien à manger durant les mois à venir.

Voilà qui allait plaire à Blake, à n'en pas douter.

Depuis son "initiation", quelques semaines plus tôt, Linda n'avait pas vraiment fait la moindre chose à même d'entretenir l'héritage des Catherine et encore moins leur garantir un avenir prospère. Elle avait surtout eu toutes les peines du monde à conserver sa propre fortune personnelle.

Le seul don qui avait fini par apparaitre chez elle semblait être une compétence accrue à voir les défauts de ses toiles. Rien ne trouvait plus grâce à ses yeux et le moindre petit défaut, qui auparavant serait passer totalement inaperçu, lui sautait désormais au visage.
Même ses toiles les plus réussies lui semblaient enfantines et ridicules.

Mais si son œil critique s'était exacerbé, il n'en allait pas de même de sa technique. Si bien qu'elle avait jusqu'ici été condamné à constater sa propre incompétence.

Blake lui répétait sans cesse qu'il fallait laisser faire le temps et qu'il n'y avait aucune pression à avoir : Richard Catherine avait bien œuvré et la fortune familiale s'entretenait plus ou moins d'elle-même. Il n'en restait pas moins que la situation frustrait au plus haut point Linda et engendrait chez elle de fréquents sauts d'humeur.

Le moine allait venir la voir aujourd'hui et une fois encore, elle n'aurait rien d'autre que son manque de technique à mettre en avant. Mais cela ne semblait pas le troubler outre mesure et il revenait prendre de ses nouvelles avec une régularité digne d'un métronome.
Linda savait que le jeune homme y était très probablement obligé par les autres frères de l'Ordre, mais il fallait une grande patience pour endurer ses crises de nerf et oser revenir avec le sourire la fois suivante.

Sincères ou non, Linda était attaché à ces moments où elle pouvait partager les sensations étranges qui la traversaient avec quelqu'un qui pouvait la comprendre, au moins un peu.

Et par ailleurs, son grand-père n'avait pas menti : il savait très bien raconter. L'histoire de la famille Catherine, de l'Ordre de l'Eguemarine et du Fauve était riche, bien que parfois totalement extravagante et probablement fictive la plupart du temps. Il n'en restait pas moins que ces récits réveillaient de échos en elle. Au point qu'il lui arrivait parfois d'imaginer la scène de façon très claire, comme s'il s'agissait d'un véritable souvenir.

La sonnerie de la porte d'entrée interrompit ses réflexions.

Khaos Farbauti Ibn Oblivion

Auteur: Khaos Farbauti Ibn Oblivion

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Izusa Lakota (Ami) ·  16 février 2010, 18:11

vivement la suite :evil:

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